Pardonner

Portrait de Chantal Calatayud

Bien que nous ayons été éduqués dans l'esprit du pardon, pardonner ne va pas de soi. Sûrement d'ailleurs basiquement parce que tout petits, quand les " grands " ne levaient la punition que si nous avions demandé pardon, nous ne comprenions pas toujours ce que nous avions fait de si mal ! Ce pardon exigé et prononcé était alors dénué de sincérité, de sens et donc de valeur. Devenus adultes, cette mémoire - même très enfouie au fin fond de l'inconscient - crée assurément quelques résistances. Pourtant, le pardon est " sacrément " libérateur...

Pardonner passe ainsi, qu'on le veuille ou non, par une décision mûrement réfléchie et ne demande aucun tri ! Ce chemin singulier revient à ne juger en aucun cas son bourreau. C'est du reste ce qui est souvent dénigré dans la psychanalyse lorsqu'elle est abordée superficiellement, méthode à laquelle on reproche de trouver des explications à tout comportement, aussi nocif soit-il. Cette idée est une vaste erreur car comprendre permet déjà de mettre de la distance et d'être moins épidermique par rapport à la blessure narcissique.

. En CM2, j'étais extrêmement jalouse de Monique bien qu'elle fut très peste, mais excellente élève et ravissante. En tant que première de la classe et avec un esprit de supériorité et de domination marqué, elle avait créé son clan dans lequel elle laissait entrer qui elle voulait quand elle le désirait. Je n'y fus jamais invitée... En outre, je pensais qu'elle était la chouchoute de la maîtresse. Je la critiquais donc beaucoup, ce qui exaspérait ma mère au plus haut point. Jusqu'au jour où, en ayant assez de cette rivalité, elle m'annonça que Monique ne vivait pas avec ses parents habitant à 600 kilomètres de là et qui ne pouvaient s'occuper d'elle, mais avec ses oncle et tante qui n'avaient pas d'enfant... Ma rivalité s'arrêta sur le champ et ma souffrance avec...

À l'instar de ce simple exemple, pardonner est un cadeau que l'on se fait à soi !

Marie Borrel, dans son ouvrage " 81 façons d'apprendre à pardonner ", publié aux Éditions Trédaniel, soulève un aspect majeur en conseillant d'essayer de séparer ce qui vexe de ce qui blesse. Tout en sachant que le désir de vengeance est un lien qui phagocyte à son agresseur à en devenir de véritables siamois...
. Justine, après plusieurs mois sur le " divan ", ressasse toujours la trahison de son mari qui a demandé le divorce pour vivre avec son associée il y a de cela 15 ans ! Son désarroi est toujours le même et son état dépressif la cloue littéralement chez elle, sans ouverture possible. Inconsciemment, elle attend le retour de cet homme et se répète inlassablement tout ce qu'elle a sur le coeur, comme s'il était devant elle. Elle est aux portes de la mélancolie.

Voici quelques réflexes utiles qui conduisent au pardon :
... Ne pas s'identifier à l'agresseur en voulant lui rendre la pareille.
... Accepter le traumatisme pour progresser car il est impossible de modifier le passé.
... Tendre l'autre joue pour que le " coupable " puisse prendre conscience de sa faute et ne s'autodétruise pas.
... Analyser l'enseignement positif que ce mal a généré pour soi.

Sainte Rita (1381-1457), devenue religieuse - non sans difficulté - à la suite de son veuvage et de la mort de ses deux enfants durant une épidémie de peste, quand on lui demandait comment elle s'y prenait pour pardonner certains agissements particulièrement violents de son mari, disait qu'il était beaucoup plus à plaindre qu'elle...

Catégorie : 

Commentaires

Portrait de Younes

J'ai lu votre post avec beaucoup d'attention et j'avoue qu'il m'a bien aidé à réfléchir sur des blessures d'enfants non complètement cicatrisées. Je me souviens notamment d'un " sale arabe " lançé par un adulte ayant autorité qui m'avait laissé sans voix. Sans doute donc plus à plaindre que moi...